L'entraîneur du Stade toulousain, Guy Novès - AFPimprimer l'article
RUGBY
Novès n'a rien d'un novice
A la tête du Stade Toulousain depuis quinze ans, Guy Novès tentera de décrocher le 24 mai un quatrième titre de champion d'Europe face aux Irlandais du Munster. Le glorieux palmarès de cet entraîneur exigeant suscite l'admiration outre-Manche.Pour Guy Novès, le timing n’a jamais été aussi essentiel que le 4 avril dernier. Ce jour-là, il a été heurté par une voiture alors qu’il circulait à vélo dans Toulouse. C’était une grosse Mercedes, et le choc lui a fait traverser le pare-brise. Si l’impact avait eu lieu une seconde plus tôt ou plus tard, il aurait percuté l’armature du pare-brise et se serait très gravement blessé. En l’occurrence, il a perdu connaissance et a été transporté à l’hôpital par hélicoptère. Ceux qui se souviennent de lui comme d’un ailier fugace de l’équipe de France de la seconde moitié des années 1970 seront surpris d’apprendre que, quarante-huit heures après la collision, il était de retour à sa place habituelle, c’est-à-dire qu’il arpentait la ligne de touche pendant que Toulouse flanquait une raclée aux Cardiff Blues en quart de finale de la Coupe d’Europe. L’équipe faisait une fois de plus la démonstration de son immense talent.
Guy Novès se fait en général remarquer sur la ligne de touche, accident ou non. Il marche à grands pas, il gesticule, il hurle ; son visage se tord parfois de fureur et de frustration. On se renseigne auprès de ses proches pour savoir si c’est ça le vrai Novès – en s’attendant à moitié à ce qu’ils racontent qu’il est aussi doux qu’un agneau hors du terrain. Mais non, cet agité permanent, c’est bien le vrai Guy. Voilà quinze ans qu’il est l’entraîneur de Toulouse, et c’est entre autres à lui que les London Irish doivent leur défaite du 26 avril dernier à Twickenham. Les aristocrates du rugby français affronteront donc Munster le 24 mai prochain en finale à Cardiff.
L’équipe d’Angleterre vient de se doter d’un nouveau manager [Martin Johnson], novice à ce poste comme dans le métier. Le contraste avec Novès ne pourrait être plus grand. Car ce dernier a tout fait : en quinze ans, il a remporté sept titres de champion de France, dans un environnement où la concurrence est féroce, deux Challenges Yves du Manoir et trois Coupes d’Europe.
Un exemple de son caractère explosif ? Lors du troisième de ces triomphes européens, il y a trois ans, qui a vu Toulouse battre le Stade français à Murrayfield, Novès a été arrêté et conduit manu militari hors du stade juste après le coup de sifflet final, pour avoir tenté d’escalader les grilles de protection. Il voulait saluer sa famille et faire venir son fils sur le terrain pour qu’il se joigne à la fête. “Je ne suis pas stressé quand je suis sur la ligne de touche, assure Novès. Je sais qu’il y a beaucoup de gens qui croient que oui. Bien sûr, les entraîneurs sont stressés avant le match, mais une fois que le coup de sifflet retentit, je suis totalement concentré. Si je remarque quelque chose, que ce soit un petit changement tactique ou une brèche que nous pouvons exploiter, ça peut faire la différence entre gagner et perdre.” Novès et son équipe sortent d’une période plutôt stérile, et il est impensable dans cette ville passionnée de rugby que le vieux géant français puisse rester longtemps sans remporter un grand trophée [le dernier remonte à 2005]. Si en Grande-Bretagne nous avons l’habitude de voir en Leicester, Gloucester et Northampton des institutions, leurs palmarès font pâle figure devant l’ampleur, la taille et l’ambition de Toulouse. D’où une pression constante pour atteindre la gloire.
“L’odeur qu’on respire ici, c’est celle du rugby”
Si le Stade toulousain brille en Coupe d’Europe, c’est en partie grâce à son prestige et même à son exotisme. Certains clubs français n’ont jamais réussi dans cette compétition et préfèrent exceller en championnat – Bourgoin, par exemple, qui est toujours dangereux au niveau national et invariablement faible en Coupe d’Europe. Pour Novès, la compétition paneuropéenne est un stimulant supplémentaire. “Elle nous est indispensable. Toulouse a gagné le championnat plusieurs fois, et nos sponsors et nos supporters veulent qu’on se montre davantage sur la scène internationale.”
Avec un pack et une défense tenaces, avec le All Black Byron Kelleher qui apporte de l’exubérance au poste de demi de mêlée et avec un tas de finisseurs redoutables à l’arrière, la Ville rose a une équipe de tous les talents. Voilà plus de vingt ans que Novès a cessé de jouer, mais il a toujours une forme de lévrier, mince et débordant d’énergie. “Quand on est entraîneur de rugby et qu’on est passionné par ce boulot, on a envie de continuer. Ce serait comme demander à un chirurgien comment il fait pour poursuivre après des centaines d’opérations. J’en suis aujourd’hui au stade où je connais parfaitement mon métier et, tant que je pourrai choisir mes entraîneurs et la façon de travailler, je ne m’en lasserai pas.”
Le Néo-Zélandais Kelleher a surmonté le choc culturel et est devenu un membre clé de l’équipe : “A Toulouse, on vit et on respire le rugby. Le sang qui coule dans leurs veines, c’est le rugby. L’odeur que l’on respire ici, c’est le rugby. Dans l’hémisphère Sud, le rugby, c’est un sprint, alors que dans l’hémisphère Nord, et en particulier en France, c’est un marathon. Le niveau technique et l’exécution ont été faibles dans le Super 14 cette saison. Les équipes de l’hémisphère Nord ont joué un bien meilleur rugby.”
Toulouse a joué à Twickenham pour la finale de la Coupe d’Europe en 2004 : l’équipe a perdu lors d’un match épique contre les Wasps, où elle a probablement joué le rugby le plus brillant jamais vu… pour une cause perdue. Guy Novès compte ce moment parmi ses plus beaux en tant qu’entraîneur. Et il ne fait aucun doute que, même après quinze ans, la flamme brûle toujours et qu’elle anime et réchauffe l’une des institutions les plus prestigieuses du rugby mondial.
Stephen Jones,
The Times (Londres)










