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Daniela Hantuchova Daniela Hantuchova vient de faire son retour parmi les dix meilleures joueuses mondiales - AFP
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TENNIS
Hantuchova sait aussi briller hors du court

La joueuse slovaque Daniela Hantuchova, qui disputera à partir du 25 juin le tournoi de Wimbledon, détonne quelque peu dans le paysage sportif. Cette jeune polyglotte fait preuve d'une rare maturité. Le journaliste britannique Brian Viner est tombé sous le charme.

Au début·2003, Daniela Hantuchova, la gamine de Bratislava, était classée cinquième joueuse mondiale. Puis son monde s'écroula. Cette année-là, elle rencontra la Japonaise Shinobu Asagoe au deuxième tour de Wimbledon et ne surprit personne, son adversaire incluse, en se promenant dans le premier set, qu'elle remporta·6-0. Mais Shinobu Asagoe gagna le suivant par·6-4, le dernier par un épique·12-10 et Daniela Hantuchova quitta le court en larmes. Ce fut le début d'un déclin précipité qui s'accompagna d'une perte de poids spectaculaire et la rumeur courut que la jeune fille souffrait de troubles de l'alimentation. Elle dégringola du groupe des cinquante meilleures mondiales et semblait vouée à ne jamais remplir ses promesses originelles. Du moins jusqu'à cette année, où elle a remporté, pour la deuxième fois de sa carrière, le tournoi WTA d'Indian Wells, cette fois-ci aux dépens de Svetlana Kuznetsova. Daniela Hantuchova a repris du poids et retrouvé son incroyable assurance sur le court.
Pour en savoir davantage sur ce retour exceptionnel, je suis allé la retrouver à Berlin, où elle participe à l'Open d'Allemagne. Après plusieurs rendez-vous annulés parce que les matchs n'arrêtaient pas d'être interrompus à cause de la pluie, nous finissons par nous retrouver dans le vaste lobby de l'hôtel InterContinental, où toutes les têtes masculines et bon nombre de féminines suivent sa progression sur le sol de marbre jusqu'à l'endroit où je l'attends, assis dans un grand canapé.
Après quelques plaisanteries, je lui demande si elle a eu du mal à gérer les rumeurs selon lesquelles elle était boulimique ou anorexique. "Ouais, ce n'était pas sympa. Surtout parce que c'est absolument complètement faux. C'est une super-grosse… je ne sais pas comment le dire de façon polie." Elle le dit donc d'une façon impolie. "C'est une super-grosse connerie. Oui, ma silhouette a changé, parce que j'avais trop de pression et que je n'étais pas prête à tout gérer. Maintenant, j'espère que je pourrai servir d'exemple à certains jeunes, leur montrer qu'on peut retourner une situation. Tout le monde ne mûrit pas au même âge."
Pour compliquer encore les choses, ses parents se sont séparés. La famille avait toujours été unie (Daniela a un frère de cinq ans plus âgé qu'elle) et la jeune fille a été bouleversée par l'échec du mariage de ses parents, d'autant que la presse slovaque laissait entendre que son père, un professeur d'université, avait une liaison avec une de ses étudiantes. Daniela Hantuchova refuse de parler de ce sujet, ce qui se comprend assez, mais ne voit aucun inconvénient à s'attarder sur le battage qui a entouré sa spectaculaire perte de poids.
"Je trouve qu'on insiste beaucoup trop sur notre apparence dans le sport en général. Pour les mecs, tout le monde s'en fiche, sauf pour dire que Ronaldo a un peu grossi, des choses comme ça. Mais pour les femmes, c'est trop. Tout le monde a une silhouette différente. Les gens devraient s'intéresser uniquement au jeu."

Une mentalité différente

L'éloquence fascinante de Daniela Hantuchova en anglais, sa troisième langue (après le slovaque et l'allemand, sa quatrième langue étant l'italien) me pousse à me demander si la joueuse ne constitue pas un atout linguistique et diplomatique pour le tennis et peut-être une perte pour la mode. Quoi qu'il en soit, elle semble posséder une sagesse qui va bien au-delà de ses 24·ans et un intellect rare dans les milieux sportifs. Songe-t-elle parfois que le tennis est une façon bien frivole de gagner sa vie·? Elle acquiesce. "Oui, en effet. Mon père est professeur [d'informatique], ma mère a fait des études de pharmacie et travaillé au ministère de la Santé, mon frère est architecte. Tout le monde dans ma famille a un diplôme universitaire sauf moi. Je sais que le tennis ne me demande pas beaucoup d'efforts. Je dis à mes parents·: ‘Regardez ce que vous avez accompli.' Et moi, qu'est-ce que je fais·? Je tape dans une balle jaune."
Daniela Hantuchova ne sera que l'une des dizaines de jeunes femmes originaires d'Europe de l'Est en lice à Wimbledon. Je lui demande comment elle explique l'extraordinaire prolifération de joueuses issues de l'ancien bloc communiste. "C'est la mentalité. Nous sommes prêtes à travailler très dur pour arriver et peu importe le prix à payer. Nous ne sommes pas des enfants gâtées. En Occident il est parfois difficile de rester motivé si on a tout quand on est jeune. Et, la pire des choses, c'est quand les parents poussent trop leur enfant. Dans notre partie du monde, le désir vient de nous. Personne n'a besoin de nous pousser. En fait, mes parents faisaient plutôt le contraire." Pour la première fois depuis le début de cet entretien, elle pouffe comme une jeune fille de 24·ans. "Ils disaient·: bon ça suffit le tennis maintenant·; il est temps de se mettre aux études."

Brian Viner,
The Independent

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