Roman Pavlioutchenko célèbre la victoire de son équipe contre les Pays-Bas en quart de finale de l'Euro (3-1), 21 juin 2008 - AFPimprimer l'article
EURO 2008
Les folles ambitions du football russe
La domination des clubs anglais sur l'Europe pourrait bien être éphémère. Car les Russes et leurs riches mécènes sont prêts à se lancer à la conquête des plus grandes compétitions, y compris l'Euro."Revenez dans la soirée et dites-moi où, à Paris, à Londres ou ailleurs dans le monde vous pouvez voir autant d'Aston Martin et de Bentley dans le parking", lance Sacha Chernov, désignant d'un large geste la rangée de voitures de luxe garées en dessous de notre table en terrasse, chez Vanille, l'un des restaurants les plus chics de Moscou. "Nous avons de l'argent en Russie. Pour ça, nous en avons. Si nous parlons argent, c'est parce que nous parlons football. Les deux sujets sont désormais inséparables, en Russie peut-être plus qu'ailleurs."
"D'ici trois à cinq ans, nous posséderons peut-être dix des plus beaux stades du monde, prophétise Sacha Chernov. On a déjà commencé. Saint-Pétersbourg, Rostov, Samara, Kazan, Volgograd, trois à Moscou. Cela prendra du temps, mais la Russie entrera dans le club des grandes nations du ballon rond."
"A l'époque soviétique, le sport était le seul moyen pour le régime communiste de démontrer sa supériorité, explique Jim Riordan, un des plus grands spécialises du sport soviétique. Le sport était une arme politique. Vladimir Poutine a essayé de restaurer la fierté, l'influence et la dignité des Russes après la folie des années Eltsine. Et, pour ce faire, quoi de mieux que le football, dont la popularité dans le monde le place directement sous les feux de la rampe ?"
Ancien représentant britannique pendant les Jeux olympiques de Moscou en 1980, Jim Riordan rappelle que "Poutine a fait revenir de force les avoirs des oligarques russes et les a forcés à investir leurs vastes fortunes en Russie, notamment dans le football. S'ils refusaient, ils savaient qu'ils ne risquaient pas seulement de perdre leur patrimoine. Ils pouvaient aussi finir au fond de la Volga."
Les salaires des joueurs atteignent des sommets
Roman Abramovitch, par exemple, dépense près de 35 millions d'euros par an pour promouvoir les jeunes talents, les entraîneurs et pour créer des infrastructures de formation, soit plus que le budget annuel de la Fédération russe de football. Dans les clubs, les salaires des joueurs atteignent désormais des sommets. Interrogé sur la quasi-absence de joueurs russes dans les clubs étrangers, Vitaly Mutko, président de la Fédération, a une réponse toute prête. "Vous connaissez Andreï Archavine ? Il voudrait bien aller jouer à Barcelone, mais je ne crois pas qu'ils aient les moyens de se le payer", affirme-t-il. Ce n'est pas un simple entraîneur qui parle mais le ministre des Sports russe, un proche collaborateur de Poutine. Et il ne plaisante pas. Le talentueux Arshavin gagne plus de 30 000 euros par semaine, sans compter des bonus faramineux. Il joue pour le Zénith Saint-Pétersbourg qui vient juste de remporter la coupe de l'UEFA.
Vitaly Mutko et ses comparses ont fait le ménage dans le football russe (même si un directeur de club a encore été accusé récemment d'un triple meurtre) en mettant en place un nouveau cadre légal et un système de licence rigoureux. En quatre ans, la Russie est passée de la quinzième à la sixième place au classement UEFA et nous ne sommes pas loin de passer devant les Pays-Bas, en cinquième position. "Après la saison prochaine, il y a aura trois clubs russes dans la Champions League", affirme le patron de la Fédération. Vitaly Mutko a instauré de nouvelles règles sur le nombre de joueurs non russes admis dans les matches du championnat. "Il y a trois ans, je suis allé voir le Dynamo et il y avait onze joueurs étrangers", se souvient-il.
Aujourd'hui, la première phase "d'introduction d'une philosophie et d'une méthodologie nouvelles pour le football russe" est terminée. Le sélectionneur néerlandais de la Russie, Guus Hiddink avait fait le choix de se limiter aux clubs russes, mais cela pourrait changer. Verrons-nous bientôt de jeunes prodiges russes dans des clubs anglais ? "Ce serait une bonne chose, estime Vitaly Mutko. Nous voulons que nos meilleurs footballeurs évoluent avec les meilleurs, en Angleterre, en Espagne ou en Italie, puis qu'ils reviennent en Russie. Ce serait très bénéfique." "Les Anglais auraient tort de les ignorer. Les Russes arrivent", conclut d'ailleurs Jim Riordan.
Brian Oliver,
The Guardian (Londres)










