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Nicolas Anelka, sous le maillot madrilène, est remplacé en demi-finale la Ligue des Champions, 3 mai 2000 - AFP
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FOOTBALL
Joueurs expatriés, talents gâchés ?

Chaque année, au moment de la trêve des championnats, les transferts vont bon train. Si les clubs ne ménagent pas leurs efforts pour attirer les bons joueurs, ils négligent en revanche l'accueil de ceux-ci une fois la transaction réalisée. Parfois au détriment de la performance de leurs nouveaux poulains.

La saison des transferts redémarre dans le football et nous offre l'occasion de nous rappeler du cas de Luther Blissett, un attaquant de Watford que le Milan AC avait fait signer par erreur en 1983 après l'avoir confondu avec un autre joueur noir. Durant son unique saison en Italie, Blissett a été l'auteur d'une des phrases les plus mémorables de l'histoire du football. "Avec tout votre argent, vous n'arrivez même pas à avoir des Rice Krispies [marque de céréales]", s'était-il plaint.

Cette année encore, de nombreux footballeurs pourraient connaître le même sort que Blissett. Les clubs continuent de faire venir les joueurs étrangers en leur disant : "Voilà un billet d'avion, viens chez nous et fais des prodiges." Le nouveau venu ne s'adapte pas, joue moins bien, et le coût de son transfert n'est qu'un énorme gâchis. Tout cela à cause de l'incompétence des clubs.

Quand un cadre de Microsoft est envoyé à l'étranger, un "spécialiste de l'expatriation" aide sa famille à apprendre les mœurs du nouveau pays, trouve écoles et logement. Un bon encadrement coûte environ 18 000 euros, soit 0,1 % des frais d'un gros transfert. Mais l'absence de programme d'accueil n'est qu'une des nombreuses inepties liées au transfert des footballeurs.

Dans le football, le défaut d'acclimatation est la norme. Le club de Chelsea avait fait venir le talentueux Ruud Gullit pour l'installer à l'hôtel dans un quartier sinistre. Le Britannique Ian Rush s'était extasié, après une saison catastrophique en Italie, que "c'était comme un autre pays". Mais l'un des meilleurs exemples de transfert raté reste celui de Nicolas Anelka au Real Madrid en 1999.

Le Real avait déboursé 27 millions d'euros pour enlever Anelka au club d'Arsenal. Mais les dirigeants du club n'ont pas dépensé un centime pour lui permettre de s'adapter à son nouvel environnement. Quand le jeune joueur de 20 ans, timide et maladroit, s'est présenté au club le premier jour, il n'y avait personne pour lui faire faire le tour du propriétaire. Il n'avait même pas de casier à son nom dans les vestiaires. Il en avait donc choisi un vide avant de voir son propriétaire le lui réclamer. Plus tard, Anelka avait déclaré que tout ce que son expérience au Real lui avait appris, c'était à se "débrouiller tout seul". Il quitta le Real après une année calamiteuse.

Même pour un joueur moins timide, l'expatriation peut relever du parcours du combattant. Sa petite amie peut peiner à trouver du travail, elle peut être enceinte et ne pas comprendre les recommandations de leur nouveau médecin. Il peut également arriver que le footballeur ne comprenne pas la langue de son nouvel entraîneur ou soit privé de Rice Krispies. Le club n'en a cure. Le joueur est bien payé, il doit être performant.

Les quelques spécialistes de l'expatriation ne sont pas reconnus par les clubs qui ne font jamais appel à leurs services. En réalité, ce sont les marques de sport qui les engagent. Si une entreprise comme Nike ou Adidas signe un contrat publicitaire avec un joueur, elle a besoin que son champion soit bon. Dès lors, en cas de transfert, sachant que le club ne fera rien pour son nouvel équipier, la marque dépêche un "assistant" pour accompagner l'athlète dans sa nouvelle vie.

J'ai eu l'occasion de rencontrer un de ces assistants qui avait rejoint un jeune milieu de terrain à Milan. Il m'expliqua que son travail consistait à sortir dîner avec son protégé quand celui-ci rentrait de l'entraînement frustré, seul et désorienté par son nouvel environnement. A table, le joueur s'emportait. "Demain, je vais dire à cet entraîneur ce que je pense de lui !", s'écriait-il. Et son chaperon de lui répondre : "Tiens, reprends donc un peu de spaghettis".

Mais ce n'est pas tout. Trop de joueurs deviennent moins bons à l'étranger. La plupart du temps, les clubs anticipent ce risque en évitant les footballeurs dont l'adaptation pourrait être difficile. Prenons l'exemple des Brésiliens, les meilleurs footballeurs du monde. Les clubs anglais font rarement appel aux joueurs brésiliens pour la simple raison qu'ils ne parlent pas anglais, n'aiment pas le froid et ne comprennent pas l'une des principales traditions anglaises du milieu qui consiste à boire une vingtaine de pintes de bière en une soirée. Peu de Brésiliens arrivent à se faire au football anglais.

Traditionnellement, les clubs anglais recrutent donc des Scandinaves. Ces derniers sont en moyenne moins bons que les Brésiliens, mais ils parlent anglais et n'ont pas peur du froid ni d'une vingtaine de pintes de bière. Comme les Scandinaves s'habituent facilement à l'Angleterre, les clubs les recherchent. Ce faisant, ils perdent de belles occasions. Il leur suffirait de signer avec un grand joueur brésilien et d'engager un bon assistant et tout le monde serait gagnant. Mais peu de clubs font ce raisonnement.

La plupart des clubs se désintéressent toujours des problèmes d'acclimatation des joueurs étrangers. Dans son autobiographie, Didier Drogba se souvient de son transfert de l'Olympique de Marseille pour le club de Chelsea, effectué en 2004 pour 30 millions d'euros. En Angleterre, personne ne l'a aidé à trouver une maison ou une école pour ses enfants. Pendant "d'interminables semaines", les Drogba ont vécu à l'hôtel. Le joueur se souvient que tous ses compagnons étrangers, exilés à prix d'or, étaient dans la même situation. "Toi aussi, tu es encore à l'hôtel ?", disaient-ils. "Après ça, je n'avais pas envie de m'intégrer à Chelsea ou de faire des efforts", écrit Drogba.

J'ai récemment eu l'occasion d'aborder ce sujet lors d'une conférence de spécialistes de l'expatriation. A la fin, ces derniers m'ont littéralement assiégé pour me raconter les pires de leurs souvenirs. Tous avaient tenté d'entrer dans le milieu du football et tous s'étaient vus claquer la porte au nez. La plupart des clubs ignoraient jusqu'au concept d'aide à l'expatriation. Les seules exceptions concernaient un assistant, qui avait réussi à intégrer le milieu grâce à un ami et à une femme mariée au propriétaire du club qui l'avait embauché. Une autre femme, qui avait rejoint un club allemand comme professeur de langue et était parvenue à se faire sa place, m'expliqua : "Je leur servais de maman, d'infirmière, d'agent immobilier, de femme de chambre, de tout." Sa présence avait-t-elle permis aux footballeurs de jouer mieux ? "Sans aucun doute".

Simon Kuper
Financial Times(Londres)

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