Mike Cameron, qui évolue dans l'équipe des San Diego Padres, est l'un des joueurs contrôlés positifs aux amphétamines - AFPimprimer l'article
BASE-BALL
Les amphét' marquent des points
Après le scandale lié à l'usage des stéroïdes par certains joueurs comme Barry Bonds, le deuxième sport le plus populaire des Etats-Unis est désormais confronté à un autre fléau, celui des amphétamines. Et pour en prendre, toutes les excuses sont bonnes.Il y a près de deux ans, lorsque George J. Mitchell a officiellement été chargé d'enquêter sur l'usage de produits dopants dans le milieu du base-ball, les amphétamines n'étaient pas concernées par ses recherches. Ces substances, présentes depuis des décennies dans le base-ball professionnel, étaient régulièrement évoquées, mais elles n'ont été interdites qu'à la veille de la saison 2006. Ce sont pourtant bien les amphétamines qui ont porté un coup sérieux au base-ball lorsque, à la mi-janvier, le commissaire Bud Selig et le directeur exécutif de l'union des joueurs, Donald Fehr, se sont joints à M. Mitchell pour discuter du résultat des recherches de ce dernier devant la Commission du contrôle et de la réforme gouvernementale de la Chambre des représentants. Au milieu des débats feutrés faisant le point sur les stéroïdes et l'hormone de croissance, c'est un député démocrate du Massachusetts, John F. Tierney, qui a jeté un pavé dans la mare en se demandant pourquoi le nombre de joueurs de base-ball évoluant dans le championnat professionnel qui réclamaient des exemptions thérapeutiques pour des troubles déficitaires de l'attention avait tant augmenté récemment. Il est ainsi passé de 28 en 2006 à 103 au cours de la récente saison. Pour M. Tierney, l'explication est claire. Les joueurs contournent tout bonnement l'interdiction des amphétamines en prétendant souffrir de troubles de l'attention, ce qui leur permet d'utiliser des stimulants comme la Ritaline et l'Adderall. Au vu des chiffres de l'année 2007, le recours à ce genre de stimulants est, chez les joueurs de base-ball, "près de huit fois supérieur à ce qu'il est dans le reste de la population adulte". Donald Fehr estime, quant à lui, que les troubles déficitaires de l'attention sont plus élevés dans le milieu du base-ball que dans la population générale car les joueurs de base-ball ont une moyenne d'âge inférieure à la moyenne générale.
Les médecins se laissent facilement abuser
En vertu des dispositions sur l'interdiction des amphétamines prononcée en 2006, un joueur peut être testé positif une fois sans que son nom soit publiquement divulgué ou qu'il soit suspendu, mais il risque une suspension de 25 matchs au cas où il serait testé positif une deuxième fois. Chaque joueur subit chaque année deux tests de dépistage d'amphétamines. Depuis la mise en place du système, il y a deux ans, seuls deux joueurs de la ligue professionnelle (MLB) – Mike Cameron et Neifi Perez – ont été suspendus pour usage d'amphétamines. Des articles de presse ont affirmé que deux autres joueurs, Barry Bonds et Jason Giambi, avaient été testés positifs à un seul test. La MLB refuse d'indiquer le nombre de joueurs qui ont été testés positif à un seul contrôle, mais on estime généralement qu'ils sont plusieurs dizaines à être concernés. L'interdiction des amphétamines a de toute évidence eu un impact fort dans les vestiaires, et certains joueurs préfèrent se tourner désormais vers des boissons riches en caféine. Mais les chiffres dévoilés par M. Tierney semblent indiquer que certains joueurs utilisent les troubles déficitaires de l'attention comme un moyen de prendre des stimulants qui ne sont pas disponibles sans ordonnance et, depuis le début de la saison 2006, ne peuvent être consommés par un joueur sans une exemption médicale.
Le Dr Gary I. Wadler, médecin généraliste et spécialiste de la lutte antidopage, rappelle que les stimulants aident une personne à se concentrer – c'est là leur lien médical avec les troubles déficitaires de l'attention. Mais ils contribuent également à occulter la douleur et à accroître l'énergie et le temps de réaction. Il précise que les effets secondaires chez l'adulte peuvent aller jusqu'à la crise cardiaque et provoquer une anxiété aiguë. Rob Manfred, responsable le plus directement impliqué dans le programme de dépistage des produits dopants, n'est pas particulièrement inquiet de l'augmentation du nombre d'exemptions pour troubles de l'attention, même si "personne ne sait vraiment pourquoi il a tant augmenté". Il note au passage que 103 exemptions pour raisons thérapeutiques, sur un nombre total de 1 354 joueurs de base-ball professionnels en 2007, ne représentent que 7,3 % de l'ensemble des joueurs, un pourcentage guère plus élevé que dans l'ensemble de la population adulte (estimé entre 2 et 6 %). Le Dr Allan Lans, qui fut psychiatre de l'équipe des Mets de New York de 1985 à 2003, est beaucoup plus direct. "La drogue la plus utilisée dans le sport, ce sont sans conteste les amphétamines, souligne-t-il. Les amphétamines sont les produits dopants dont on aurait dû se préoccuper depuis bien longtemps", assure-t-il. Il ajoute qu'il n'est pas surpris que certains joueurs demandent des exemptions afin de pouvoir prendre certains stimulants, et qu'ils le fassent en invoquant des troubles déficitaires de l'attention. "Les joueurs, qui ne sont pas des imbéciles, préfèrent se procurer des amphétamines par un moyen légal plutôt qu'illégal. Et les médecins se laissent facilement abuser", affirme-t-il.
Michael S. Schmidt,
The New York Times










