Le skieur autrichien, lors d'une conférence de presse après sa sortie de l'hôpital, 13 mars 2008 - AFP/Austria Pressfotoimprimer l'article
SKI
Matthias Lanzinger, le héros sans médaille
En mars, le skieur autrichien a perdu une jambe après un grave accident et un effroyable concours de circonstances. Plutôt que se plaindre, il préfère militer pour plus de sécurité dans son sport. Une attitude qui fascine l'opinion publique.Il est rare qu'un sportif devienne le héros de toute une nation uniquement grâce à son comportement. Mais le skieur autrichien Matthias Lanzinger est un cas particulier. Il ne s'est jamais plaint, même lorsqu'il a fallu l'amputer de la jambe en mars 2008, après un grave accident qui a mis un terme à sa carrière de professionnel, à l'âge de 27 ans. Et c'est avec avec dignité que ce spécialiste du Super-G a accueilli l'expertise certifiant que sa jambe aurait pu être sauvée si les mesures adéquates avaient été prises. Depuis l'accident, les fonds versés par son assurance privée et celle de la Fédération l'ont mis relativement à l'abri du besoin. Il a commencé par se faire construire une maison à Abtenau, près de Salzbourg. Puis il a entrepris des études par correspondance en gestion d'événements sportifs à l'université privée de Seekirchen, et a trouvé un poste dans le marketing chez Salomon, son ancien équipementier. Il voudrait aussi reprendre la compétition, peut-être pour les Jeux paralympiques d'hiver de Vancouver, en 2010.
Pour les Autrichiens, il a comblé un manque en héros sportifs crédibles et authentiques, à un moment où leurs meilleurs coureurs de fond, biathlètes, marathoniens ou cyclistes professionnels ont été rattrapés par des affaires de dopage. Son parcours est en outre typiquement autrichien. Monté pour la première fois sur des skis à 3 ans, il a participé à sa première course à 5 ans, est entré au Lycée du ski de Stams à 14 ans dans le but de devenir professionnel. Il a gagné l'or et l'argent lors des championnats du monde junior à Québec en 2000. Depuis 2004, il participait à la Coupe du monde avec l'équipe d'Autriche.
Sinistre contre-la-montre
Mais il y a eu le 2 mars 2008. La journée était belle à Kvitfjell, en Norvège. Le soleil brillait, la neige était parfaite. Lanzinger était en pleine forme pour le Super-G. Il avait négocié à la perfection les premiers passages difficiles. A l'approche de la bosse avant l'arrivée, qui nécessite un saut, il a voulu gagner de la vitesse. Mais, ayant trop poussé, il a pris une porte de plein fouet. Tout ce qui s'est passé ensuite, il ne s'en souvient plus. Il a rebondi violemment sur la piste glacée et perdu son ski droit. Mais les attaches du gauche n'ont lâché qu'après avoir roulé à quatre reprises, de tout son poids, sur son ski. Sa jambe gauche a subi plusieurs torsions au niveau du genou. Le skieur a terminé dans un filet de sécurité. Il était 12 h 03.
Pour Lanzinger a alors commencé une deuxième course contre la montre. Plus la circulation du sang dans la jambe était rétablie rapidement, moins les muscles risquaient de se nécroser, et plus le membre avait de chances d'être sauvé. A 12 h 35, Lanzinger a été conduit jusqu'à un hélicoptère. A 12 h 50, l'appareil a enfin décollé pour l'hôpital le plus proche, celui de Lillehammer. Avant la course, les organisateurs avaient assuré que tout pouvait y être soigné, sauf les fractures du crâne. Pourtant, devant les traumatismes vasculaires dont souffrait le skieur, l'établissement jette l'éponge. Il a donc fallu le transporter à Oslo. La première opération a finalement commencé à 16 h 20, soit quatre heures et seize minutes après l'accident. Elle a duré huit heures et quinze minutes.
L'expertise réalisée par la suite a révélé, outre des manquements dans l'organisation de la compétition, toute une série de fautes commises à l'hôpital Ulleval d'Oslo. Lors de la reconstruction de la jambe, le chirurgien a confondu les trois artères touchées. Deux autres opérations effectuées le lendemain matin n'ont apporté aucune amélioration. Sous la menace d'un empoisonnement du sang, les médecins ont évoqué l'amputation. Ce n'est qu'alors qu'on fait venir de Salzbourg un angiologue réputé. Le 3 mars, plus de trente et une heures après l'accident, celui-ci a tenté de réparer les dégâts, mais en vain. Le lendemain, Matthias Lanzinger était amputé.
La nature même de l'entraînement est en plein bouleversement, poursuit-il : "Beaucoup de pratiques actuelles s'inspirent d'exercices qu'on faisait autrefois dans le cadre d'une rééducation après une blessure, précise Chris Thompson. Il y a dix ans, le 'core training', qui se concentre sur le renforcement du torse. Il a fallu que des gens intelligents se disent 'Pourquoi ne pas faire ça en début de chaîne ?'"
Voilà pourquoi Manfred Ainedter, l'avocat du skieur, compte réclamer "quelques centaines de milliers d'euros" de dommages et intérêts. Mais Matthias Lanzinger sait que c'est une faible consolation pour la perte de sa jambe. Il se bat pour améliorer la sécurité sur les pistes. L'histoire montre en effet que la Fédération internationale de ski n'améliore ses dispositifs de sécurité qu'après des accidents graves – comme celui qui a avait provoqué la mort de l'Autrichienne Ulrike Maier en 1994, lors de l'épreuve de descente la Coupe du monde de Garmisch-Partenkirschen. Matthias Lanzinger n'a peut-être pas encore pris conscience de son amputation. C'est sans mélancolie qu'il regarde les photos et les films de ses succès à ski. "J'éprouve de la fierté quand je vois des compétitions auxquelles j'ai participé", confie-t-il d'une voix ferme. Je me dis : 'Regarde, Lanzi, c'est toi, tu as couru avec les meilleurs'."










