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EURO 2008
Français et Italiens vivent la même décadence

Flamboyantes lors de la dernière Coupe du monde, la France et l'Italie sont à la peine dans l'Euro 2008. Elles vont s'affronter, ce 17 juin à Zurich, pour un match décisif. Mais leur avenir dépend également d'une autre rencontre opposant les Pays-Bas à la Roumanie.

Depuis deux ans, depuis la finale de Berlin, la retraite de tant de joueurs, d'entraîneurs, la fin de tant d'ambitions, l'Italie et la France ont vécu comme si le temps s'était arrêté à l'Olympiastadion, ce 9 juillet 2006, où elles ont disputé la finale de la Coupe du monde. Maintenant, elles en sont réduites à implorer l'esprit sportif des Néerlandais pour garder encore la tête hors de l'eau. Sic transit gloria mundi, [Ainsi passe la gloire du monde], et c'est ce qui fait le charme du sport : le passé et les victoires ne comptent plus. Leur très modeste avenir va se décider dans le défi qu'ils se lancent après s'être fait assommer par les coups de massue de Van Nistelrooy et compagnie. On a passé des mois à discuter de ce que Materazzi avait vraiment dit à Zidane pour qu'il lui assène ce fameux coup de boule. Et pendant ce temps-là le monde continuait à tourner, de nouveaux joueurs faisaient leurs débuts, des techniciens avec des idées neuves commençaient leur carrière.

L'Italie et la France se sont inventées une rivalité qu'ils font remonter à Mar del Plata en 1978, au Mexique en 1986, puis à Amsterdam en 2000 et à Berlin en 2006. Mais tout cela est un spectacle entre Transalpins qui n'intéresse personne. Ailleurs, il y avait des gens qui préparaient les nouvelles stars : Villa, Cristiano Ronaldo, Torres ou Modric. Ceux qui avaient été vedettes de la nuit berlinoise ont essayé pendant les deux ans qui viennent de s'écouler de se comporter comme deux vieilles bandes de potes. Chaque rencontre était une revanche, comme s'il s'agissait d'une répétition de Berlin. Les acteurs sont plus ou moins toujours les mêmes : Makelele ou Gattuso, Thuram ou Zambrotta, Henry ou Toni. Le match qu'ils ont maintenant à jouer ne vise plus à faire d'eux les premiers du monde, mais, au moins, pas tout à fait les derniers sur leur continent.

La magie s'est envolée

Incapables de ranger au placard le souvenir de cette nuit, l'Italie et la France ont continué à se titiller, les Italiens à revendiquer leurs vertus, les Français à souligner leurs vices historiques. Comme quand Domenech avait accusé le football italien d'acheter les arbitres. Il a alors encaissé une sanction de la part de son compatriote Platini, qui lui a interdit d'être sur le banc pendant le match Italie-France [le 8 septembre 2007, à Milan]. Cette rencontre avait alors un goût de revanche des revanches. Mais elle s'était en fait terminée sur un match nul (0-0), ce qui devait être un signe prémonitoire.

Avant ce 0 à 0, on pouvait discuter de la supériorité d'un pays sur un autre. D'un côté les motocyclistes et les volleyeurs, de l'autre les joueurs de tennis et de rugby. On pouvait discuter à l'infini pour savoir si Platini aurait été un aussi grand joueur sans l'Italie [il a joué à la Juventus de 1982 à 1987]. Ce 0 à 0 a commencé à suggérer que la source de l'art était en train de se tarir, qu'on ne vit pas uniquement d'une stratégie défensive ou des seuls Thuram et Henry. L'Italie s'est perdue dans la gloire de cette nuit, la France, dans la rancœur, ruminant indéfiniment ce match (et Domenech n'a plus voulu s'occuper du cas Trezeguet, qui lui a fait perdre, quel hasard, la finale de Berlin lors de la séance des tirs au but).

Ce mardi soir (le 17 juin), Italiens et Français se retrouveront face à face, comme deux actionnaires après un krach. La magie qui les avait accompagnés à Berlin s'est évanouie : Donadoni et Domenech ont essayé, mais, au bout d'un certain temps, ça n'a plus fonctionné. D'une part la cohésion d'équipe a disparu, de l'autre le génie a refusé de passer des pieds de Zidane à ceux de Ribéry. Ah ! la nostalgie de ces temps où le coup de boule de Zizou inspirait des marques de vêtements ! Il a suffi de quelques jours en Suisse, pour que la promenade le long du lac de Zurich se soit transformée en boulevard du crépuscule. Les équipes qui avaient toujours tenu leur destin en main sont maintenant le jouet des choix de Van Basten et de l'envie néerlandaise de lutter contre les Roumains : voilà un signe de décadence. Sans équivoque.

Corrado Sannucci,
La Repubblica (Rome)

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