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Le coureur américain Levi Leipheimer termine l'étape entre Orthez et Gourette Aubisque, 25 juillet 2007 - AFP
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TOUR DE FRANCE 2008
Que la torture commence !

Cycliste professionnel, Michael Barry pose un regard très cru sur les sacrifices qu'il doit consentir pour aller jusqu'au bout de la Grande Boucle, qui commence le 5 juillet. Le vainqueur sera celui qui sera prêt à souffrir le plus.

Un entraîneur m'a dit un jour : "Défonce-toi jusqu'à ce que tu voies Jésus." Un autre : "Pédale jusqu'à ce que tu aies le goût du sang dans la bouche." Tout le monde souffrira dans le Tour de France. Et le vainqueur sera probablement celui qui sera prêt à souffrir le plus. Cloîtrés dans de petits hôtels de Brest, 189 des meilleurs coureurs du monde attendent nerveusement le départ de la Grande Boucle. Voilà six mois qu'ils se préparent à souffrir. Dans cette souffrance, il y a l'ascension de certaines routes goudronnées les plus hautes d'Europe dans les Alpes et les Pyrénées, et le parcours de distances inhumaines sous le soleil estival. Beaucoup chuteront et continueront malgré les éraflures. La nuit, les muscles de leurs jambes seront tellement fatigués qu'ils serreront les dents pour gravir les escaliers de leur hôtel.

Au cours des deux derniers mois, je me suis entraîné avec mes camarades de la Team Columbia qui se préparaient pour le Tour de France. Fin mai, tandis que le printemps s'évanouissait et que le soleil d'été commençait à brûler la campagne de Gérone, en Catalogne, nos sorties se sont intensifiées et nous nous sommes mis à attaquer les Pyrénées, souvent collés derrière un scooter pour simuler la vitesse d'une course. Quand j'étais enfant, mon grand-père tançait ma mère parce qu'elle me laissait faire du vélo jusqu'à l'épuisement. Une fois que j'étais assis sur le bord de la route de l'autre côté de la ligne d'arrivée, incapable de parler, haletant et au bord du coma hypoglycémique, il lui a dit qu'elle était inhumaine de laisser mon rythme cardiaque monter si haut et ajouta que mes halètements étaient malsains. Pour moi, c'était naturel. C'était ce que faisaient les cyclistes, et le vélo était ma passion. Maintenant que je suis professionnel, mon travail, c'est la souffrance.

Un cycliste professionnel, c'est comme une formule 1

Pour bien se préparer au Tour de France, il faut non seulement s'entraîner suffisamment dur pour être en forme, mais plus important encore, s'entraîner pour récupérer après des courses quasi quotidiennes et ne pas s'effondrer d'épuisement avant la fin des trois semaines que dure la Grande Boucle. Les muscles sont tellement spécialisés qu'on se sent faible quand on fait autre chose que pédaler. Les bras, pratiquement inutiles sur un vélo, n'ont plus que la peau sur les os et des muscles minuscules. Quand on n'est pas à vélo, on conserve son énergie pour les efforts du lendemain. Un cycliste professionnel, c'est comme une voiture de formule 1. Il ne sert à rien sauf ce à quoi il a été préparé.

On cherche à maximiser son efficacité. Comme le moindre gramme de nourriture consommé est brûlé, on se repose dès que c'est possible, même en course, et on dose prudemment ses efforts. On s'installe dans le sillage des autres coureurs et on ne met pas le nez au vent pour économiser son énergie. Ceux qui ne le font pas passent pour des fous. Malgré les efforts énormes qu'il fait pendant les longues sorties de préparation, où il brûle des milliers de calories, un coureur du Tour de France surveille tout ce qu'il mange pendant les mois précédant la course de façon à maigrir pour que ses muscles n'aient pas un gramme de graisse susceptible de l'alourdir dans les montées. L'alimentation, c'est notre carburant. Si nous devons consommer beaucoup de calories, il faut que ce soit les bonnes calories. La meilleure façon d'entretenir le moral et le physique des cyclistes, c'est de leur donner une alimentation variée.

Les coureurs ont beau avoir couru environ 80 jours par an depuis dix ans, ils attendent dans leur chambre d'hôtel avec la même nervosité que la première fois qu'ils ont pris le départ d'une course. Ils se sont préparés, mais il y a toujours la peur de l'inconnu. Pendant le Tour, ils ne croiseront jamais la même route deux fois, ils dormiront dans un lit différent chaque soir ou presque, le temps peut passer du soleil à la neige en une journée, ils peuvent tomber malade, ou tomber tout court. Tout ce qu'ils peuvent faire, c'est attendre, espérer et prier de s'être préparés suffisamment bien pour tenir jusqu'à l'arrivée à Paris.

Michael Barry,
The New York Times (New York)

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